Conseil d’agglo 25 mai 2021 : engagement départemental 2021-2023. Intervention de Bruno Nottin.

Vous prétendez ne pas faire de politique dans cette enceinte mais, curieusement, cette délibération sur les engagements départementaux en matière de projets dans nos communes, arrive à notre dernier conseil communautaire juste avant les élections départementales, à peine un mois avant, à point nommé… Nous mettrons ça sur le compte du hasard ou de la divine providence… Sinon nous devrons bien y voir une opération politicienne au service de la majorité de droite départementale à laquelle appartient le premier vice-président ainsi que d’autres élus de votre majorité… mais bien évidemment ici on ne fait pas de politique…

Sur le fond, il y a pourtant plusieurs choses qui interpellent 

Tout d’abord, sur les 13 projets proposés, 10 concernent des travaux de voirie et seulement 3 des équipements publics. Sur les 4 576 271 euros d’aide départementale à l’ensemble des 13 projets, seulement 1/4 concerne les 3 projets d’équipements collectifs. Et encore, je compte la maison de santé libérale d’Amilly, mais j’y reviendrai à la fin de mon intervention. Tout cela démontre le fait que le département n’a pas de vision de progrès, pas d’ambition de développement du service public pour notre agglomération. 

Or, on peut légitimement penser que cette disproportion interroge. Certes, les travaux de voirie sont utiles, mais il faudrait un meilleur équilibre. Et certains projets de voirie sont parfois surdimensionnés et fort coûteux. Et là aussi nous notons une injustice : alors que le département participe à la moitié du financement de chaque projet de voirie, il participe beaucoup moins à proportion pour les projets d’équipements collectifs : ainsi le département ne finance les travaux du gymnase Paul Eluard à Chalette ainsi que ceux du Château à Montargis qu’à hauteur de 14 % !!  50 % pour la voirie et 14 % seulement pour les équipements collectifs, cherchez l’erreur.

Au final, la liste de ces projets montre une fois de plus un saupoudrage semi-clientéliste visant à satisfaire des petits intérêts locaux. Pour la vision d’ensemble partant des vrais besoins des gens, il faudra repasser… A chacun sa petite rue, son aménagement de bourg ou autre esplanade de mairie… Pourtant des besoins concrets mériteraient un investissement bien plus fort du département, voire même des projets entièrement financés par celui-ci pour pallier le manque de volonté de certains maires de notre agglomération : un centre de santé public avec des médecins salariés sur le modèle de celui de Chalette, une maison de retraite publique à tarifs modérés, une crèche publique, un foyer pour l’accueil des femmes et enfants victimes de violences conjugales et/ou familiales, une halte-répit pour soutenir les aidants familiaux, de nouvelles places d’hébergement pour les personnes en situation de handicap… Voilà ce qui irait dans le sens du progrès social mais que nous peinons bien à voir dans la liste proposée ce soir. 

Notons également que le projet n°5 de requalification de la rue Coquillet et de l’avenue d’Antibes n’est absolument pas expliqué : on nous dit juste que « la phase 1 objet du présent contrat correspond à une partie de la séquence 1 telle qu’elle est décrite ci-après (entre la rue Hoche au nord et le 152 avenue d’Antibes environ) et de l’ensemble de la séquence 2                (correspondant au traitement de l’entrée du site de la caserne Gudin) ». C’est incompréhensible, et s’ensuivent des schémas illisibles. Nous savons juste qu’il y a un diagnostic technique et que cet axe doit être regardé comme entrée d’agglomération et axe structurant à l’échelle du secteur, ce qui ne semble pas être la découverte du siècle… pour un projet de 1 650 000 euros qui sera financé à hauteur de 825 000 euros par le département, cela semble un peu juste et manquer de transparence…

Et pour finir, quelques remarques sur la maison de santé à Amilly qui pose de nombreuses questions: il s’agit d’une maison libérale, donc privée. Le coût des travaux à la charge de la collectivité est très élevé à 1,9 millions d’euros hors taxe. Et le terrain sera donné à titre gracieux. Donc les praticiens libéraux vont voir la collectivité financer les travaux et leur donner le terrain. Ils n’auront rien à débourser. Ce sera tout bénéfice pour eux. Vous leur offrez un pont d’or, et en plus sur le site de l’hôpital qui devrait être réservé à la médecine publique, avec tiers payant et interdiction des dépassements d’honoraires. Et-il normal qu’un terrain soit donné, des travaux payés par la collectivité, sur un terrain appartenant à une collectivité publique, jouxtant l’hôpital public,  et ceci afin de favoriser une activité lucrative au bénéfice de professions libérales qui pourront effectuer des dépassements d’honoraires ? De plus, située où il est, ce regroupement de praticiens privés ne vise-t-il pas à attirer un public solvable de Seine et Marne ou de l’Yonne qui sont plus proches du CHAM que de leurs hôpitaux départementaux ? Les habitants de notre agglomération qui sont les premiers à subir la pénurie de médecins sont-ils vraiment le public visé par cette opération lucrative ? Quelle est la surface du terrain donné ? Pourquoi ce projet se situe-t-il à l’hôpital, assez loin du cœur de l’agglomération ? Est-ce une future concurrence déloyale ? Pouvez-vous garantir que le tiers payant sera systématique et les dépassements d’honoraires interdits ? Combien de praticiens prévus ? Avez-vous déjà des contacts ? Pouvez-vous nous communiquer des contrats déjà signés avec des médecins ? 

Enfin, le cabinet d’étude spécialisé choisi, le cabinet ORATORIO, semble surtout spécialisé dans le langage managérial et dans la performance plutôt que dans la réponse aux besoins de santé et l’accès aux soins pour tous. Clairement, le choix de ce cabinet conseil en dit long sur votre projet de maison de santé. «  Performance managériale et collaborative », « optimisation de l’EPRD et du compte de résultats », « stratégie d’optimisation des recettes annexes », « pilotage et système de management », « calcul médico-économique », « optimiser les choix de prévention et de soin, en associant l’efficacité maximale à un coût acceptable pour la collectivité », «  approche stratégique de la compréhension de l’écosystème », « accompagnement à la réorganisation de la fonction RH », « optimisation des modes de fonctionnement et des interactions entre agents », « transformation des organisations et de la gouvernance »… Voilà les expressions jargonneuses et barbares utilisées sur le site de ce cabinet conseil qui s’apparente bien davantage à un cabinet d’affaires obsédé par la performance et la finance plutôt que par l’accès aux soins pour tous dans une approche de service public. Le fait que ce cabinet soit une filiale de la MNH n’y change rien. Rappelons que de nombreuses maisons de santé privées sur ce modèle coûtent souvent très cher à la collectivité avec des locaux construits avant de savoir si on va trouver des médecins pour les remplir. L’échec de la maison de santé privée de la Chaussée, avec un seul médecin généraliste actuellement, devrait pourtant vous faire réfléchir et ne pas renouveler les mêmes erreurs.

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