Conseil d’Agglomération 15 décembre 2020. Rapport d’activité Délégation Service Public crématorium. Intervention de Bruno Nottin

Des tarifs qui augmentent, un chiffre d’affaires net qui augmente de 22  % à  697 589 euros,  en raison notamment de la formule d’indexation des tarifs prévue par la DSP qui permet chaque année d’augmenter les tarifs. Un  bénéfice de 87 573 euros.

Décidément la mort est un commerce bien lucratif pour la société des Crématoriums de France (SCF).

Il est en effet profondément amoral de faire de la mort une source de bénéfice, et c’est pourquoi la crémation devrait être gérée de façon publique, et ce d’autant plus que la technicité et la complexité de cette activité sont loin de sauter aux yeux. Les agents y sont en effet très polyvalents : tâches administratives, accueil des familles, mener les cérémonies…autant de compétences réelles mais qui pourraient sans difficulté être assumées par une gestion publique.

La mort est devenue un marché, qui coûte de plus en plus cher. 

Depuis la loi de 1905 et avant l’ouverture à la concurrence, les pompes funèbres étaient un monopole communal placé sous la responsabilité du maire. Mais à la fin des années 1970, ce service public est délégué à des acteurs privés, comme la Lyonnaise des Eaux, qui devient actionnaire du groupe PFG. Les pompes funèbres deviennent un service commercial proposé et négocié avec les communes, au même titre que les transports, l’eau ou l’assainissement. Soit exactement ce qui a été décidé dans notre agglomération.

Dans son rapport annuel publié le 6 février 2019, la Cour des comptes a épluché les pratiques des pompes funèbres, qui s’occupent des obsèques de 600 000 personnes chaque année. La Cour des comptes déplore le fait que malgré l’ouverture à la concurrence des services de pompes funèbres il y a 25 ans, les prix n’ont pas baissé : 3 600 euros pour une crémation, 3 350 euros pour un enterrement : voilà la moyenne des prix relevés par la Cour des comptes. Mais il est impossible de s’y retrouver dans les prix, de comparer les offres des pompes funèbres, dénonce la Cour des comptes, car les prestations ne se valent pas, les devis sont illisibles, alors qu’il existe normalement des devis-types.  Toujours selon le rapport, l’ouverture du marché à la concurrence a profité non pas aux familles endeuillées, mais aux prestataires. Il s’agit d’un marché de deux milliards d’euros par an, dont la moitié est partagée aujourd’hui entre une douzaine de réseaux d’entreprises. Les tarifs des pompes funèbres ont augmenté deux fois plus vite que les prix à la consommation.

 Les moins chers, à prestation égale, ce sont les pompes funèbres publiques : elles sont presque 70% moins chères à Paris, ou 60% moins chères à Lisieux dans le Calvados. Elles sont moins chères et pourtant rentables.

La conséquence s’impose d’elle même : dans l’intérêt des familles, si on veut véritablement moraliser ce secteur et contrôler bien davantage les tarifs afin de les faire baisser, il faut une gestion publique.

Et l’exemple du crématorium d’Amilly vient confirmer cela.

En effet, à Amilly, 1.423 crémations en 2019 contre 1225 en 2018. Une centaine de corps sont crématisés toutes les quatre semaines à Amilly (1).

Parmi les 11 structures qui fonctionnent actuellement dans la région Centre, le crématorium de l’Agglomération montargoise détient le record absolu de crémations dans un seul et unique appareil , l’unique appareil accueille 74 % de dépouilles de plus qu’Orléans (crématorium de Saran) dont chacun des deux appareils crématoires en a accueilli 818 en 2019.(2).

Le résultat est que les obsèques n’ont plus rien à voir avec celles d’avant, ni avec celles proposées au crématorium des Ifs, dans l’Orléanais.

Depuis que la société SCF a repris la gestion de ce crématorium d’Amilly, la quasi totalité des obsèques se limite maintenant à une cérémonie.

Jusqu’en 2017, quelques proches avaient la possibilité d’accompagner la défunte ou le défunt jusqu’à la destination finale du cercueil, avec tact et bienveillance, juste comme on le fait dans les cimetières. Cela, M. Gandon, précédent directeur du crématorium, pourra vous le rappeler : « des centaines de personnes le faisaient chaque année ». C’est donc que cela répondait à une attente, un besoin, une demande pour l’accomplissement du deuil. Mais en 2019, ceux qui ont pu le faire se comptent… sur le doigt d’une main. Vous en doutez ? Demandez à M. Meunier, directeur actuel du crématorium.

Fini, la transparence. La direction de SCF a décidé de mettre de côté cette liberté, sans que les élus de notre agglomération en charge de ce dossier ne  s’en inquiètent.

Plus personne n’accompagne un proche jusqu’à sa destination finale. On ne met PAS les pieds dans la salle de visualisation. Cela fait gagner un temps précieux au personnel, maintenant tenu d’enchaîner les crémations aux heures les plus commodes, à un rythme sans aucun équivalent dans les structures des six départements de la région Centre.

Cela ne figure évidemment pas dans le rapport annuel de SCF. Mais il serait intéressant qu’une commission s’inquiète de ces faits.

En résumé : pourquoi une totale inégalité de service public :

– avec ce qui se pratiquait avant à Amilly avec beaucoup de dignité il y a encore seulement trois ans

– avec ce qui se fait actuellement dans l’Orléanais ?

Le taux de satisfaction des familles ? Le concessionnaire le gère comme il l’entend, et se garde de nous donner les détails car la loi ne l’y contraint pas encore.

Il est grand temps que l’Agglo montargoise ouvre sa porte aux bonnes volontés attachées à une totale transparence du fonctionnement de ce service public. Un service que l’État a choisi de confier aux collectivités. Mais l’AME, comme beaucoup, a choisi de déléguer. Un comité d’éthique n’est vraiment pas superflu : on touche ici à la mort.

Un dossier qu’a ouvert Frank Supplisson, sollicité par des volontaires, mais auquel il n’a malheureusement pas donné suite avant de partir de la présidence.

                                                                   – o-o-

(1) Moyenne de 119 crémations par mois selon le rapport annuel.

(2) Tous les chiffres sont transmis par la Fédération française de crémation (Crémation Magazine, édition d’octobre 2020). Dans les structures des six départements du Centre, les principaux crématoriums ont deux appareils crématoires. Or à Amilly, il n’y en a qu’un, le concessionnaire ayant anticipé l’arrivée du crématorium de Gien, qui sera en service dans un an.

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